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Extrait d'un article de Martine BETTI-CUSSO paru dans le Figaro le 17/04/2009

Haïdar El Ali, libanais de naissance, sénégalais de cœur, mais, avant tout, citoyen du monde. Il a l'œil espiègle, l'accent coloré et la stature d'un homme armé de fortes convictions. Au Sénégal, c'est un héros. Et pas seulement parce que ce plongeur professionnel est venu porter secours aux naufragés du Joola, le ferry qui, en 2002, s'est retourné en Casamance. Cet amoureux de la nature est un héros parce qu'il est allé convaincre pêcheur après pêcheur, fermier après fermier, villageois après villageois de l'importance de préserver son environnement. «Au Sénégal, il n'y a pas de vraie démocratie, explique-t-il. Or, c'est le seul régime qui permette l'écologie. Donc, il n'y a pas d'écologie et aucune politique en faveur d'un développement durable.»


Et les populations locales consument pour leur survie tout ce qu'elles peuvent appréhender dans leur environnement proche, sans se soucier de la reconstitution de ces matières premières ni de leur épuisement. Le besoin quotidien l'emporte sur la prévision du lendemain. Ainsi, à Tobor, les pêcheurs, pour conserver les poissons qu'ils pêchent et qu'ils vendent, coupent-ils les palétuviers pour chauffer l'eau de mer et en extraire le sel. Ces arbres tropicaux longent les rivages marins et forment des forêts appelées mangroves. En moins de vingt ans, elles ont perdu 50 % de leur superficie au Sénégal. «Les sols privés de palétuviers se salinisent, constate Haïdar El Ali. Les petits crustacés qui nichent dans les mangroves et servent de nourriture aux poissons disparaissent. Le poisson, privé de son alimentation, se fait rare. Les villageois s'appauvrissent. C'est une spirale infernale.»


A l'aide de l'ONG Oceanium, dont il est le fondateur, Haïdar El Ali a proposé aux villageois de planter des palétuviers. Il fournit les semences et mobilise les bénévoles - plus de 11 000 ont répondu à son appel - pour reboiser les mangroves dans la région de Casamance. En 2007, il a planté 500 000 propagules de palétuviers dans une dizaine de villages. L'année suivante, 6,3 millions dans 156 villages. Et cette année, il vise les 30 millions dans 400 villages. La clé de la réussite : instaurer une relation durable avec les villageois. «Dans les réunions de sensibilisation, raconte-t-il,je leur dis: "Nous allons planter cet arbre, il va grandir, accompagner notre relation et sera le témoin de ce que nous ferons."»


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